
Un escalier confortable ne doit rien au hasard : il respecte une formule vieille de plus de trois siècles, celle de Blondel. Voici ce qu’elle dit, comment l’appliquer à vos cotes, et ce que demandent les règles de l’art aujourd’hui.
Que dit la formule de Blondel ?
La formule de Blondel veut que deux hauteurs de marche plus un giron fassent entre 60 et 64 cm : 2h + g = 60 à 64 cm. Cette longueur correspond à celle d’un pas : en montant, on lève le pied d’une hauteur et on l’avance d’un giron, et la jambe retrouve son rythme naturel.
La formule doit son nom à l’architecte Nicolas-François Blondel (1618-1686), qui l’a exposée dans son Cours d’architecture en 1675. Le NF DTU 36.3, qui fixe les règles de l’art des escaliers en bois, la reprend : il admet un module 2h + g compris entre 58 et 66 cm et cite les 60 à 64 cm de Blondel comme valeur préférentielle.
Quelle hauteur de marche et quel giron choisir ?
La hauteur de marche est la distance verticale entre deux marches. Le giron est la profondeur de marche, mesurée entre deux nez de marche successifs, sur la ligne de foulée : la ligne où l’on pose le pied, au milieu de l’escalier quand il fait moins de 1,20 m de large.
Le NF DTU 36.3 fixe des limites selon le type de bâtiment :
| Usage | Hauteur de marche maximale | Giron minimal |
|---|---|---|
| Logement | 21 cm | 19 cm |
| Logement soumis aux règles d’accessibilité | 18 cm | 24 cm |
| Parties communes et lieux de travail | 17 cm | 28 cm |
| Établissement recevant du public | 16 cm | 28 cm |
Ces limites sont des bornes, pas des objectifs. Les Compagnons du Devoir situent le giron idéal entre 27 et 30 cm ; dans une maison, la place disponible oblige souvent à un compromis, que la formule de Blondel permet de vérifier.
Comment calculer son escalier, étape par étape ?
- Mesurez la hauteur à monter, de sol fini à sol fini : du revêtement du bas à celui de l’étage.
- Choisissez un nombre de marches. Avec n marches, on monte n + 1 hauteurs, la dernière arrivant au niveau de l’étage.
- Calculez la hauteur de marche : h = hauteur à monter / (n + 1).
- Calculez le giron : g = reculement disponible / n.
- Vérifiez 2h + g, et recommencez avec une marche de plus ou de moins si le résultat sort de la plage.
Un exemple, celui de notre calculateur : 270 cm à monter et 350 cm de reculement. Avec 14 marches, on monte 15 hauteurs de 18 cm, et chaque marche a un giron de 25 cm. Deux fois 18 plus 25 donnent 61 cm : l’escalier est confortable.
Que faire si le calcul ne tombe pas juste ?
Changez d’abord le nombre de marches : une marche de plus baisse la hauteur de chaque marche, mais raccourcit le giron. Si le reculement est trop court pour trouver un bon compromis, ajouter une marche ne suffit plus : il vaut mieux faire tourner l’escalier.
Un quart tournant replie la montée et loge les mêmes marches dans moins de longueur. Notre guide escalier quart tournant ou droit détaille ce choix, et notre page escalier quart tournant en montre des réalisations.
Raide, courant ou confortable : les classes du NF DTU 36.3
Le NF DTU 36.3 classe aussi les escaliers selon le rapport entre hauteur de marche et giron, H/G :
- raide quand H/G est compris entre 1 et 1,32 ;
- courant entre 0,78 et 1 ;
- confortable en dessous de 0,78.
Dans notre exemple, 18 / 25 donne 0,72 : l’escalier est confortable selon les deux critères.

Avant de dessiner, vérifiez aussi la hauteur libre au-dessus des marches : c’est l’objet de notre guide sur la trémie d’escalier.
Sources
- NF DTU 36.3 P3 (septembre 2014), § 6, géométrie (texte reproduit par dtu.golgoth.org)
- Compagnons du Devoir, Connaître la terminologie de l’escalier bois (2012)
- Nicolas-François Blondel, Wikipédia

